Francesco De Filippo : un Italien à Pordic !

15 10 2014

defilippo-300x460 Dans le cadre du festival Noir sur la Ville qui se déroule du 14 au 16 novembre 2014, la Médiathèque de l’Ic (Pordic, 22) accueille l’un des invités dans ses murs, et ce en avant-première, le jeudi 13 novembre à 20h30. Cette soirée sera l’occasion de rencontrer l’auteur italien, né à Naples en 1960, Francesco De Filippo qui vit à Rome et y travaille en tant que journaliste. Ce sera autour de ses deux romans traduits en français, sur les six qu’il a écrit, que s’articulera la rencontre. Si son premier roman date de 2001, c’est son deuxième, paru en 2003 en Italie, qui sera publié en France en 2007, traduit par un auteur de polar reconnu, Serge Quadruppani, traducteur également d’Andrea Camilleri. Naufrageur-300x460 « Le Naufrageur » c’est l’histoire du jeune Pjota qui est au service d’un parrain d’une mafia albanaise travaillant avec l’Italie. Il décide de fuir vers ce pays qui ne voudra l’accepter que si il reste dans son rôle, le coulage de bateaux transportant de la drogue. Confronté à la prostitution et à l’impossibilité d’une assimilation, le héros préférera régresser face à une Italie qui veux oublier ses propres miséreux qui l’ont fuie jadis. offense-300x460 « L’Offense », parut en 2011, nous plonge quant à lui dans cette Naples qui n’offre pas forcément la possibilité d’échapper au « Milieu ». Gennaro, 21 ans, ne souhaite pas travailler pour la Camora mais le voilà convoqué par le parrain du quartier qui a d’autres desseins pour lui. Nous faisant plonger dans les entrailles de la pieuvre, Francesco De Filippo réussit néanmoins à nous faire découvrir les richesses d’une des plus belles cités du monde. Alors si vous aimez les polars, l’Italie ou bien les deux à la fois, ne ratez pas cette soirée qui sera en version originale, l’auteur ne parlant pas notre langue… ou un peu. Mais rassurez-vous,  la Noiraude a recruté pour la soirée une interprète de choc, Marie-Pascale Martin, qui relaiera ses questions… et les vôtres !


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15 10 2014
Ex Bibliosurf

Naples. Que pensez-vous de cette ville ?

J’aime Naples
et je l’aimerais même si j’étais de Milan,
de Stuttgart, d’Anvers ou de Toronto,
de Palerme comme d’Addis Abeba.

J’aime Naples
parce que j’abhorre la haine qui l’envahit et l’innerve,
et celle endogène, banale dans son caractère élémentaire,
mais bien plus corrosive.

J’aime Naples
et plus les autres la détestent plus je l’aime,
moi qui n’y habite pas, qui l’ai maudite
comme un amant trahi mais inévitablement amoureux.

J’aime cette splendide,
folle et anarchique ponctuation
entre l’Europe et l’Afrique,
entre l’Orient et l’Occident.
Je l’aime parce que je ne lui pardonne pas :
je savoure ses méfaits comme des coups de fouet,
un à un, grains de chapelet,
je l’invoque en fredonnant dix, cent, mille fois,
une prière monotone, aussi répétitive qu’une rafale de kalachnikov.
Je ne pardonne pas à ceux
qui ont lacéré le cœur des enfants,
mutilé les marcheurs de leurs pieds et plongé les yeux des esthètes dans l’obscurité.
Pas plus que je ne pardonne aux autres
qui ont fourni becs et griffes à ces rapaces,
qui ont vidé les ouvriers de leur dignité,
rogné les productions et scié les bancs des écoliers.
Ceux qui ont résisté les dents serrées
ont même dû céder leur mandibule et leurs gencives.
À tous ceux – ceux-ci et les autres –
qui d’une douceur géographique
ont fait un Territoire d’immondices.

C’est aujourd’hui une terre de guerre,
non déclarée, sournoise ;
une eau rouge, de pêche à la madrague,
pour des thons que l’effort de vivre cambre et contorsionne ;
ils frappent leur tête avec puissance, d’une violence désespérée
la plongent dans l’eau qui se retire
dans les chambres des filets, qui les livrent à l’air étouffant ;
ils peinent à mourir.

Les autres,
qui croient leur âme sauve,
n’évoluent pourtant que dans un thonaire plus grand.
Lorsqu’ils ne parviendront plus à se toucher ni à déambuler,
ni à parler ni à faire l’amour,
ils réaliseront que pour stopper une infection,
leur corps a été amputé des pieds et des mains,
de la langue et des organes génitaux.

Je courais et impotent, je souffre.

Voilà, c’est ça Naples pour moi.

Suite de l’interview http://fr.feedbooks.com/interview/21

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